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Calcul TJM en maintenance industrielle : la vraie méthode
Par Nathan J. · juillet 2026
Ton TJM n'est pas ton salaire divisé par 20
Beaucoup de techniciens fixent leur premier tarif en divisant leur ancien salaire net par 20 jours. Erreur. Un technicien de maintenance salarié à 2 500 euros net mensuel coûte environ 4 500 euros à son employeur, congés payés, mutuelle, formation et cotisations patronales comprises. En indépendant, tu assumes tout ça toi-même, plus les périodes sans mission et l'administratif. Ton TJM doit reconstruire ce coût complet, pas seulement ton salaire. Viser 230 euros parce que c'était ton coût mensuel divisé par 20 te condamne à gagner moins qu'avant.
Le TJM (taux journalier moyen) est le prix hors taxes d'une journée de prestation. Il doit couvrir trois blocs : ta rémunération nette cible, tes charges (cotisations sociales, matériel, déplacements, assurance), et une marge pour les jours non facturés. En maintenance industrielle, les fourchettes 2026 vont de 250 à 450 euros pour un généraliste, et jusqu'à 650 euros pour un profil automatisme ou robotique rare. Encore faut-il partir d'un calcul, pas d'une intuition ou d'une moyenne lue sur un forum.
La vraie formule de calcul du TJM
La formule de base tient en une ligne : TJM égale le revenu net annuel souhaité, plus les charges annuelles, divisé par le nombre de jours réellement facturables. Prenons un objectif de 40 000 euros net par an. En micro-entreprise, les cotisations sociales prélèvent 21,2 % du chiffre d'affaires en 2026 pour une prestation de services BIC. Ajoute environ 6 000 euros de charges annuelles (outillage, véhicule, assurance, téléphone, comptabilité). Sur 190 jours facturables, il faut viser un TJM autour de 300 à 320 euros HT pour tenir cet objectif net.
Le piège, c'est le dénominateur. Diviser par 218 jours ouvrés surestime ton revenu de 30 à 50 %. Personne ne facture 218 jours : il faut retrancher 25 jours de congés, les jours fériés, et 15 à 30 jours d'inter-mission, de prospection et d'administratif. En pratique, un indépendant facture entre 160 et 195 jours par an. Base ton calcul sur 180 à 190 jours en régime établi, et plutôt 160 la première année, le temps de remplir ton carnet de missions.
Combien de jours peux-tu vraiment facturer ?
Pars des 365 jours de l'année. Retire 104 week-ends, 25 jours de congés et 8 jours fériés : il reste 228 jours ouvrés théoriques. De là, soustrais les jours où tu ne factures rien : recherche de missions, devis, facturation, formation obligatoire (habilitation électrique, CACES, ATEX à recycler). Compte 20 à 40 jours par an. Ajoute les creux entre deux contrats. Le résultat réaliste tourne autour de 180 jours facturés, soit un taux d'occupation de 78 % sur les jours ouvrés.
Ce taux d'occupation est la variable la plus sensible de ton calcul. Passer de 160 à 190 jours facturés, à TJM égal de 320 euros, fait grimper ton chiffre d'affaires de 51 200 à 60 800 euros, soit 9 600 euros de plus sans lever le prix. C'est pour ça que le réseau et la réputation comptent autant que le tarif : un vivier qui te rappelle réduit tes creux et fait mécaniquement monter ton revenu annuel, à tarif inchangé.
Chiffrer tes charges sans en oublier
Les charges se rangent en deux familles. Les cotisations sociales d'abord : 21,2 % du chiffre d'affaires en micro-entreprise pour une prestation de services BIC en 2026, auxquels s'ajoute la CFE (cotisation foncière des entreprises), souvent 200 à 500 euros par an. Les charges d'exploitation ensuite : outillage et EPI (500 à 1 500 euros par an), véhicule et carburant (4 000 à 8 000 euros si tu roules beaucoup), assurance responsabilité civile professionnelle (300 à 700 euros), téléphone, logiciel de devis, comptable éventuel.
Attention au piège de la micro-entreprise : les 21,2 % se calculent sur le chiffre d'affaires encaissé, pas sur ton bénéfice. Tu ne déduis ni le carburant, ni l'outillage, ni le véhicule. Si tes frais réels dépassent l'abattement forfaitaire de 34 % appliqué par le fisc, la micro te coûte cher et l'entreprise individuelle au réel ou l'EURL redevient pertinente. Fais le calcul dès que tes charges d'exploitation dépassent 15 000 euros par an.
Les fourchettes de TJM en maintenance industrielle 2026
Les repères marché 2026 pour un indépendant : un technicien de maintenance généraliste facture entre 250 et 450 euros HT par jour. Un électromécanicien ou un mécanicien industriel se situe dans la même zone, 300 à 420 euros. Les profils rares tirent les prix vers le haut : un automaticien maîtrisant TIA Portal ou un roboticien dépasse fréquemment 450 euros, et un responsable maintenance en mission de transition atteint 750 à 1 100 euros. La spécialisation, pas l'ancienneté seule, fait le prix.
Ces fourchettes varient selon trois leviers : la rareté de la compétence (automatisme, variateurs, régulation, habilitations ATEX ou CEFRI nucléaire), la contrainte de la mission (arrêt planifié, 3x8, déplacement lointain) et la zone géographique. Une intervention en région parisienne ou sur un site Seveso se paie mieux qu'une mission de proximité en zone détendue. Ne calque pas ton TJM sur la moyenne : positionne-le selon ce que tu apportes de rare sur le site.
Micro-entreprise ou portage : l'impact sur ton net
Le statut change ce que tu gardes. En micro-entreprise, sur un TJM de 350 euros, tu prélèves 21,2 % de cotisations, soit 74 euros, plus l'impôt. Il te reste autour de 260 euros avant frais professionnels. En portage salarial, la société prélève des frais de gestion de 5 à 10 % puis les charges salariales et patronales : ton net descend souvent à 45 ou 50 % du montant facturé, soit 160 à 175 euros pour le même TJM, mais tu gagnes la couverture chômage et la simplicité administrative.
Le portage se justifie quand tes missions dépassent le plafond micro de 77 700 euros, ou quand tu veux cotiser au chômage et déléguer l'administratif. La micro reste imbattable en dessous de ce seuil pour un technicien qui maîtrise sa facturation. Pense aussi à l'ACRE : en 2026, l'exonération de cotisations est de 50 % les premiers trimestres, ramenée à 25 % pour les créations à partir du 1er juillet 2026. Elle allège ton démarrage, pas ton régime de croisière.
Majorer pour astreintes, arrêts et déplacements
Ton TJM de base couvre une journée standard. Dès que la mission sort du cadre, majore. Une astreinte de nuit ou de week-end se facture 30 à 50 % de plus, ou sous forme de forfait d'astreinte séparé. Un arrêt technique planifié, souvent en 3x8 sur une semaine bloquée, justifie une prime de 15 à 25 % pour la contrainte horaire et l'engagement de disponibilité. Cale ces majorations dans le devis, par écrit, avant de démarrer : renégocier une astreinte en cours de mission est perdu d'avance.
Les déplacements se facturent à part, jamais fondus dans le TJM. Indemnités kilométriques (autour de 0,60 euro par kilomètre selon le barème), péages, et nuitées si le site est loin. Un chantier à 200 km de chez toi, c'est 240 euros d'aller-retour quotidien ou une nuit d'hôtel : si tu l'avales dans ton tarif, tu travailles à perte sans t'en rendre compte. Distingue toujours prestation, frais et majorations sur ta facture pour garder la lecture claire côté client.
Les erreurs qui plombent ton TJM
La première erreur, c'est de calculer sur 218 jours : tu sous-estimes ton tarif de 10 à 20 % et tu t'aperçois en fin d'année que tu as gagné moins qu'en CDI. La deuxième, c'est d'oublier les jours non facturés dans le dénominateur. La troisième, c'est de raisonner en net mensuel sans intégrer les trous de trésorerie : un mois sans mission n'est pas amorti si ton TJM n'a pas provisionné les creux. Provisionne 15 à 20 % pour l'intermission.
Autre piège classique : brader le premier TJM pour décrocher une mission. Remonter un tarif chez un client existant est bien plus dur que de partir haut. Un TJM trop bas envoie aussi un signal de faible expertise sur un marché en tension où les sites manquent de techniciens qualifiés. Enfin, ne néglige pas la revalorisation annuelle : 3 à 5 % par an suivent l'inflation et l'expérience acquise. Un TJM figé pendant trois ans, c'est une perte sèche de pouvoir d'achat.
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