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Soudure TIG en industrie : réglages, TJM et débouchés
Par Nathan J. · juillet 2026
Soudure TIG (procédé 141) : le procédé qui ne se délocalise pas
Le TIG, procédé 141 selon la norme EN ISO 4063, c'est le soudage de précision : l'électrode tungstène ne fond pas, elle crée l'arc sous gaz inerte (argon pur le plus souvent). Résultat : un cordon net, sans projection, maîtrisé au dixième de millimètre. C'est le procédé exigé sur la tuyauterie inox agroalimentaire, la première passe sous pression, l'aluminium aéronautique ou le titane médical. Et c'est précisément ce qui ne part pas à l'étranger : une passe TIG manuelle sur pièce unique, aucune machine ne la remplace. Pour un technicien indépendant, c'est une compétence rare qui se facture cher.
En maintenance industrielle, le TIG intervient là où l'arrêt coûte le plus : reprise de fissure sur cuve inox, réparation d'échangeur, soudure de tube instrumentation. Un site qui perd 10 000 à 50 000 € par heure d'arrêt ne discute pas le tarif d'un soudeur qui répare vite et bon du premier coup. C'est le terrain naturel du freelance : intervention courte, haute valeur, facturée à la journée entre 250 et 450 € HT. Tu répares, tu factures, tu repars. Se mettre à son compte sur ce créneau, c'est vendre du temps rare, pas des heures au rabais.
Réglages TIG : intensité, gaz, tungstène, les paramètres qui font la passe
Trois réglages font ou défont la passe. L'intensité d'abord : compte environ 30 à 40 A par millimètre d'épaisseur sur inox et acier, moins sur l'aluminium qui exige le courant alternatif (AC) pour casser la couche d'alumine. Le gaz ensuite : argon pur à 8-12 L/min en protection endroit, plus un gaz d'envers (argon ou mélange azote-hydrogène) sur inox pour éviter le caramel d'oxydation à l'intérieur du tube. L'affûtage du tungstène enfin : pointe fine longitudinale en courant continu (DC), boule en AC. Un tungstène mal affûté, et l'arc part de travers.
Le geste TIG ne pardonne pas : main gauche sur le fil d'apport, main droite sur la torche, pédale ou potentiomètre pour l'intensité. Sur tube, la passe fond se joue au dixième : trop chaud, tu perces ; trop froid, tu manques de pénétration et la radio te recale. C'est pour ça que le TIG se paie : le taux de rebut d'un bon soudeur est proche de zéro, et sur chantier contrôlé par radiographie, chaque reprise coûte 1 à 3 heures et un décapage complet. Zéro reprise, c'est la vraie valeur que tu vends en indépendant.
Qualifications EN ISO 9606 : ta vraie valeur marchande
Ta carte de visite, ce n'est pas ton CV, c'est ta qualification EN ISO 9606-1 (aciers) ou 9606-2 (aluminium). Elle certifie une configuration précise : procédé (141), matériau, épaisseur, diamètre, position (PA à PF, voire H-L045 sur tube). Un certificat est valable 3 ans, prolongeable, à condition de souder régulièrement et de le faire confirmer tous les 6 mois par un signataire. À l'export ou en pétrochimie, on te demandera l'équivalent ASME IX. Plus tu cumules de positions et de matériaux qualifiés, plus ton vivier de missions s'élargit, et plus ton TJM d'indépendant monte.
Concrètement, vise au minimum une qualif TIG inox toutes positions sur tube : c'est le sésame de l'agroalimentaire, de la pharma et de la tuyauterie process. Ajoute l'aluminium (9606-2) et tu ouvres l'aéronautique et le naval. Garde tes procès-verbaux de qualification et tes WPS/DMOS à jour dans un dossier numérique : un donneur d'ordre sérieux te les réclame avant même de parler tarif. Une qualif périmée, c'est une mission à 300 € qui te passe sous le nez, et un renouvellement qui coûte 200 à 400 € en organisme agréé.
TJM d'un soudeur TIG indépendant : les chiffres 2026
Voici les fourchettes 2026 pour un soudeur TIG indépendant (freelance ou portage), hors frais de vie. Débutant peu qualifié (0-2 ans) : 150 à 220 € HT/jour. Confirmé qualifié (2-6 ans) : 220 à 320 €. Expert toutes positions (6 ans et +) : 320 à 450 €+. Par secteur, le nucléaire tire vers 350-550 €/jour, le naval-offshore 300-500 €, l'aéronautique 300-450 €. Compte 18 à 20 jours facturés par mois, soit 4 000 à 9 000 € HT pour un profil confirmé à expert. Le grand déplacement se facture en plus : forfait ou réel, souvent +60 à 110 €/jour.
Ces chiffres sont hors primes. Sur chantier nucléaire, ajoute les primes de zone contrôlée et d'astreinte ; en grand déplacement, le panier (env. 20 €) et le découché (env. 70 €). Ton TJM n'est pas ton revenu : en micro-entreprise, retire environ 21,2 % de cotisations (prestation de services BIC) ; en portage, la société prélève 8 à 12 % de frais de gestion mais te salarie avec bulletin, mutuelle et chômage. Règle d'indépendant : ne descends jamais sous 250 €/jour si tu es qualifié toutes positions, en dessous, une fois charges, gaz et matériel déduits, tu travailles à perte.
Se mettre à son compte comme soudeur TIG : statut, déclaration, facture
Deux statuts dominent pour se déclarer travailleur indépendant en soudure. La micro-entreprise : création en ligne en dix minutes, cotisations à environ 21,2 % du chiffre d'affaires (prestations de services), plafond 2026 relevé à 83 600 € HT en prestations de services, franchise de TVA sous 37 500 € (seuil majoré 41 250 €). Simple, mais tu portes seul l'assurance et la protection sociale. Le portage salarial : tu factures via une société qui te transforme en salarié, avec mutuelle, retraite et chômage, idéal pour tester le statut d'indépendant sans quitter la sécurité du régime cadre. Dans les deux cas, tu émets une facture par mission et tu es maître de ton planning.
Avant la première mission, boucle trois points. La responsabilité civile professionnelle (RC Pro) : indispensable, une soudure défaillante sur circuit sous pression engage ta responsabilité ; compte 300 à 700 €/an. La décennale n'est en principe pas requise en maintenance industrielle, mais vérifie selon le donneur d'ordre. Le matériel : poste TIG portable AC/DC, bouteille d'argon, meuleuse, cagoule et EPI, compte 2 000 à 5 000 € pour t'équiper, amorti en 8 à 15 jours facturés. Ouvre un compte bancaire dédié dès que ton CA dépasse 10 000 €/an deux années de suite, c'est une obligation micro.
Où sont les missions : les secteurs qui paient le TIG
Où sont les missions TIG en 2026 ? L'agroalimentaire et la pharma d'abord : tuyauterie inox alimentaire, cuves, réseaux ultra-propres contrôlés à la radio. Le nucléaire ensuite, gros consommateur de soudeurs qualifiés pour le grand carénage EDF et la maintenance de tranches. L'aéronautique et le spatial pour l'aluminium et le titane. Le naval, l'offshore et l'hydrogène pour les alliages spéciaux (inox duplex, Inconel). Point commun : ces secteurs manquent de bras qualifiés et accueillent volontiers des indépendants en renfort ponctuel, sur arrêt technique ou pic de charge, exactement le créneau du freelance.
Le TIG orbital automatise les fabrications répétitives, mais le TIG manuel reste irremplaçable sur pièce unique, prototype et réparation, c'est-à-dire tout le champ de la maintenance. Ta stratégie d'indépendant : te positionner sur les interventions courtes à forte valeur (reprise, prototype, première passe critique) plutôt que sur la production en série, où le tarif se tasse sous 200 €/jour. Un vivier de 3 à 4 donneurs d'ordre réguliers dans un rayon de 100 km suffit à remplir un planning à l'année sans jamais courir après les missions.
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